4.000 familles à l’ombre du stade de São Paulo (Ouest-France)

Reportage-photo de Mathilde Dorcadie pour l’Edition du Soir, le journal numérique pour tablette de Ouest-France, publié le 20 mai 2014. page 1

Dans moins d’un mois, le coup d’envoi de la Coupe du Monde sera donné dans le stade de l’Arena Corinthians à São Paulo. A quelques encablures de là, dans le quartier d’Itaquera, plus de 4.000 familles vivent sous des tentes. Le campement est une opération lancée début mai sous le nom de « la Coupe du Peuple » pour dénoncer l’envolée des loyers et le manque de logements. Reportage.

Le long d’une colline boisée, des milliers de tentes sommaires s’étendent à perte de vue. Il y a deux semaines, ce terrain privé de 150.000m², était recouvert d’herbes qui montaient à hauteur d’homme. Aujourd’hui entre 4.000 et 5.000 familles squattent le terrain et « il en arrive encore tous les jours » raconte « Dez », ancien SDF et un des coordinateurs principaux du campement. Il a fait partie de la poignée de militants qui est arrivée, dans la nuit du 2 au 3 mai, avec les premiers piquets et bâches de plastique.

A l’entrée du terrain flotte le drapeau du Mouvement des Travailleurs Sans-Toit (MTST). L’organisation créée en 1997 a déjà coordonné plusieurs occupations de ce genre. Mais celle du quartier d’Itaquera est particulière, car l’initiative est venue des habitants eux-mêmes, durement touchés par l’inflation des loyers. A cause des travaux du stade et du métro, « la valeur des terrains a augmenté de 175% en 5 ans », explique Josué Augusto de Amaral Rocha, jeune médecin de 25 ans et un des principaux leaders du MTST. Les occupants sont loin d’être tous des militants. Ce sont des travailleurs qui gagnent entre 300 et 400 euros par mois. « Alors que nous sommes à plus d’une demi-heure en métro du centre, il est difficile de trouver des loyers à moins de 200-250 euros » affirme Jorge, un jeune homme arrivé dans les premiers jours grâce au bouche à oreille. « Je suis venu ici, parce que je ne veux plus payer de loyer » raconte Diogo, un vendeur de rue qui a planté sa tente dans la parcelle numéro 6 (G6). Chaque parcelle comprend entre 300 et 700 tentes et disposent d’une cuisine et de toilettes communautaires.   « Si on s’aperçoit qu’une tente reste inoccupée, elle sera donnée à une autre famille » rappelle Amarilys, la coordinatrice du G6 lors d’une réunion matinale de son groupe. L’enjeu pour ces familles, qui disposent pour la plupart d’un hébergement, soit chez un proche soit dans un appartement trop petit ou trop cher, est d’obtenir un logement social. La ville de São Paulo, qui compte 11 millions d’habitants, accuse un déficit de 700.000 logements, d’après la mairie. Tous ceux qui pourront justifier de leur présence au camp, en signant quotidiennement le registre qui sera remis ensuite à la mairie, auront une chance d’avoir leur nom sur les listes d’attente. C’est en tout cas l’espoir que nourrissent ces familles depuis la brève entrevue des leaders du MTST avec la Présidente, Dilma Rousseff, lors de sa venue pour l’inauguration du stade le 8 mai. Dans le même temps, le tribunal administratif a suspendu provisoirement la procédure d’expulsion du terrain que prévoit la loi pour toute occupation illégale.

 

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La vie et l’entraide s’organisent donc jour après jour. Des femmes cuisinent des kilos de riz, issus des dons des « companheiros », les compagnons. Chaque soir, une réunion se tient sur une sorte de grande place. Nombreux sont ceux qui portent des maillots de football, car ici on n’est pas contre le Mondial, mais contre ses effets secondaires. « C’est absurde de penser que 300 millions d’euros ont été dépensés dans ce stade pour seulement 6 matchs, alors que tant de gens vivent ici avec rien ! » déplore le leader du MTST, Guilherme Boulos. Au loin, une femme montre le stade qu’on aperçoit à 3,5 kilomètres : « mon fils m’a demandé de l’emmener voir un match. J’ai dû lui expliquer que c’était trop cher et qu’on devrait le regarder à la télé ».

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