Le Mondial de foot de rue à São Paulo (Ouest-France)

Article de Mathilde Dorcadie, paru dans l’Edition du soir (09.07.2014) de Ouest-France.

Cette semaine au Brésil se joue un autre Mondial. S’il s’agit bien de football, cet évènement se distingue de celui de la FIFA par son approche éducative. Né dans les favelas d’Argentine, le football de rue, ou futbol callejero, fait la promotion auprès des jeunes de la solidarité, de la collaboration et de la non-violence. Sans titre

Au milieu du brouhaha de la circulation, résonne le flux ininterrompu d’un commentateur de match. « Gooool ! » Le cri se répercute contre les immeubles alentour. Sur l’esplanade à côté du métro Faria Lima, le Brésil rencontre l’Uruguay ! Sur le terrain, il y a autant de filles que de garçons. Au bout de 30 minutes, la partie se termine avec un score de 3 à 0 de São Paulo. Les deux équipes partent s’assoir en cercle près des tribunes pour « débriefer ». Avec l’aide de deux médiateurs, les joueurs vont attribuer collectivement des points supplémentaires à celle des deux équipes qui aura le mieux respecté les valeurs « solidarité », « collaboration » et « respect » durant le match. Le slogan de ce Mondial du football de rue est « un autre football est possible ». Le concept a été créé il y a 20 ans par Fabian Ferraro, un ancien joueur professionnel argentin. Témoin de la violence quotidienne dans les quartiers pauvres de Buenos Aires, il cherchait une manière d’enseigner des valeurs pacificatrices aux jeunes. « Il existait un foot de rue informel qui portait le nom de callejero. On a d’abord incité les filles à jouer, car la mixité rend le jeu moins violent. On a ensuite supprimé l’arbitre pour instaurer une phase de dialogue. A l’époque, pendant les matchs on ne discutait pas, on sortait plutôt une arme pour se faire entendre ! »

Ce sport s’est d’abord répandu en Amérique latine. Aujourd’hui, pour cette troisième édition, 20 pays participent : 13 viennent du continent américain, 3 d’Afrique, tandis que l’Europe est représentée par l’Allemagne et la Catalogne. On trouve également une équipe d’Israël et une des Philippines. Sibi, Eleazar et Kaylin participent pour la première fois. Ils font partie de l’équipe d’Afrique du Sud. Issus des townships de Port Elizabeth, c’est grâce à l’ONG United Through Sport qu’ils ont pu faire le voyage jusqu’au pays du football. « Ces jeunes font partie d’un programme plus large qui leur donne aussi des bourses pour accéder à l’université » explique leur coach Nick Mould, un des fondateurs de l’organisation. Cette rencontre mondiale s’est faite à travers un réseau d’associations qui promeuvent les mêmes valeurs d’inclusion sociale et de défense des droits humains. Les premières éditions, en Allemagne et en Afrique du Sud, étaient soutenues par le programme de la FIFA « Football For Hope ». Mais l’assemblée générale du Movimiento de Futbol Callejero a décidé de mettre fin à ce partenariat pour dénoncer diverses atteintes aux droits dont est accusée la FIFA. Les 300 jeunes, logés dans des centres sportifs municipaux, ont passé leurs premiers jours au Brésil à faire connaître le foot de rue dans les différents quartiers de São Paulo. Le spectacle est ouvert à tous. Dans une ambiance urbaine, les matchs se déroulent sur la place publique, rythmés par les basses des DJs et le flow d’un collectif de rappeurs. Le vainqueur sera connu samedi, la veille de la finale de la Coupe du monde. Cependant chaque participant recevra une médaille. Les seuls perdants sont en fait les équipes,comme le Kenya, champion en 2010, qui n’ont pas pu venir faute de fonds suffisants. Les organisateurs espèrent que l’édition de 2018, en Russie, accueillera un nombre toujours plus grand d’équipes afin de continuer à diffuser leur vision de l’éducation par le sport.

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